La tourmente du programmateur de festival

25 mai 2016


Le travail d’un programmateur de festival peut sembler une partie de plaisir. Des journées amusantes à écouter de la musique en boxer et en pantoufles en sirotant quelques cafés assis confortablement dans son bureau ensoleillé….en fait, ce n’est pas tout à fait le cas…

Petite incursion dans le quotidien d’un programmateur tourmenté à la recherche constante de l’équilibre artistique.

Ce travail de longue haleine est continuel et les grandes bases de la programmation du Festif! sont parfois établies une quinzaine de mois d’avance. C’est à ce moment que des dizaines et des dizaines de listes excel vont prendre vie et vont parfois mourir après quelques minutes seulement. Il faut, dès le départ, cibler les favoris du public, les ‘’underground’’ qui vont plaire, les découvertes qui vont faire capoter et les artistes qui seront potentiellement incontournables d’ici une douzaine de mois. Cette recherche et réflexion va m’amener à une liste d’environ 125 artistes potentiels de plaire à notre public et de cadrer dans le budget. Pour ce qui est de la ligne artistique. elle se fait tout seule. Par instinct, je sais que Marc Dupré ne cadre pas et que Duchess Says cadre. Parfois, juste pour le fun, je me tape une toune de Marc Dupré pour me rappeler que ça cadre pas pantoute avec Le Festif! Avec la belle grande liste de 125 artistes vient plusieurs grilles Excel différentes séparées par scènes et par jour. Ces listes changeront selon mes états d’âmes, mes highs, mes downs, les conseils et feedback du comité du Festif!, la disponibilité des artistes, le cachet demandé, le public ciblé, les demandes des agents, leur nouveau disque qui finalement ne lève pas, et bien plus.

La liste de 125 artistes diminuera rapidement et plusieurs « Plan A » seront abandonnés (un artiste en juillet peut jouer partout sur la planète alors il faut souvent doubler d’acharnement pour convaincre certains artistes majeurs de venir à Baie-St-Paul). Alors que je crois avoir trouvé la formule parfaite, je remets tout en doute, je demande à nouveau à Anne-Marie et Gabrielle, j’approche certains conseillers de programmation, ma blonde, mon père, ma mère, mon chien, Paul Houde pi Ricardo pour avoir leur avis. Ils ont tous des points de vue différents et la belle grille supposément finale devient une grosse tache floue. Pour ajouter à mon désespoir, Le Festif! reçoit 10 000$ de moins d’un partenaire et je dois couper dans le budget (oui parfois je dois ‘’gambler’’ et confirmer des artistes sans avoir reçu toutes les réponses de financement). Bref, à ce moment, tout est à repenser, tout est à refaire, il faut jongler à nouveau avec toutes les possibilités et forcer le destin à donner plus de budget. Tout devient chaotique, je dors mal, je suis fatigué, je pense à la programmation dans ma douche, dans mon auto, en mangeant des chips, en écoutant des gens me parler (ça sert à rien de me parler au mois de mars car je suis dans la lune en train de me demander si je devrais pas finalement mettre Marc Dupré en première partie de Duchess Says au sous-sol de l’Église, faire un show de Plume Latraverse électro avec Beat Market et créer une comédie musicale des plus grands succès de Gab Paquet réalisée par Safia Nolin sur le comptoir du dépanneur à bière). Vous comprendrez qu’à un moment, devant tant de possibilités, on devient littéralement fou.

Finalement, alors que je crois que c’est peine perdue, j’ai une illumination. Je prends du recul, je m’asseois avec mon comité, je remet mes écouteurs, je décortique à nouveau les grilles, je retourne voir des anciennes versions de programmation, je retourne à la liste initiale de 125 artistes, je refais des offres plus agressives pour des artistes qui avaient refusés et on se retrouve avec LA programmation du Festif! On se retrouve enfin avec la E!@$!@% de programmation équilibrée dont moi et mon équipe rêvions depuis des mois.

S’en vient ensuite l’angoisse du lancement de programmation. Oui nous sommes angoissés lors du lancement. Nous scrutons chaque commentaire sur Facebook et sur Twitter et on frôle la crise à chaque feedback le moindrement négatif. On lis des tonnes de commentaires du genre ‘’Ah ouin comment ça vous avez pas pris Éric Lapointe ?’’ , ‘’Boff pas pour moi cette année’’ , ‘’Crime on m’avait dit que Jean Leloup était là cette année’’ et LE traditionnel commentaire : ‘’Boff fuck off moi j’va au Rockfest c’t’année’’. Heureusement, malgré quelques commentaires de la sorte, on retrouve des milliers de messages de félicitations qui nous font réaliser que c’est bien de se remettre en question à plusieurs reprises.

Au moment d’écrire ces lignes certains fichiers excel de la 8ème édition trainent quelque part.

Bon Festif! tout le monde !

Clément Turgeon, directeur général 

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